A Lille, les étudiant·es de l'IRTS vivent la Palestine

A l'occasion de la Journée mondiale de solidarité avec le peuple palestinien ce 29 novembre, retour sur une journée dédiée à la Palestine organisée par Artisans du Monde Lille, le CCFD-Terre Solidaire et la Cimade, à destination des étudiant·es de l'Institut Régional du Travail Social (IRTS) à Lille.

Vivre la Palestine, « des tranches de vie » du quotidien des Palestinien·nes

Le mardi 19 novembre, l'Institut Régional de Travail Social à Loos (à côté de Lille) a vécu à l'heure palestinienne le temps d'une journée et d'une soirée ! Après un temps d'échauffement, entre discussion et débat animé par les associations organisatrices de la journée, qui ont apporté des clés de compréhension de la situation en Palestine aux étudiant·es, il est temps pour eux de vivre des animations plus participatives !

Dans plusieurs salles de classe, ils se répartissent et vont expérimenter « Parcours de migrant », animé par la Cimade et l'animation pédagogique « Vivre la Palestine », animée par une équipe de choc : Erika Girault, chargée d'éducation à la Fédération Artisans du Monde, qui a co-créé le jeu et qui le considère comme " [son] bébé" ; Catalina Garcia, l'autre co-créatrice, chargée de projet Education et citoyenneté à la Plateforme Palestine, qui a développé et qui porte le projet depuis plusieurs années ; des bénévoles de l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS) et du CCFD-Terre Solidaire.

Pour le jeu « Vivre la Palestine », les étudiant·es sont répartis en groupes autour de cinq tables, sur lesquelles des plateaux de jeu ont été disposés. Chaque plateau se concentre sur un sujet :

  • « La récolte des olives » illustre le quotidien d’une famille d’agriculteurs qui souhaitent récolter le fruit de ses cultures mais dont l’habitation et les terres sont séparées par le mur ;
  • « Pêcheurs de Gaza » suit une famille de pêcheurs qui doit pêcher suffisamment pour pouvoir vivre de son activité, dans une situation de blocus de la bande de Gaza ;
  • « Déplacement permanent » traverse le temps avec 5 familles de 1947 à nos jours en vivant les principaux événements qui ont eu lieu dans la région ;
  • « Poussés dehors » se place du point de vue de citoyen·nes israélien·nes, en suiivant les volontaires d’une organisation de la société civile israélienne qui souhaitent réaliser un reportage sur les expulsions et destructions de villages palestiniens ;
  • « Sur les routes » suit des troupes de danseurs et danseuses parti·es du nord de la Cisjordanie, qui tentent de se rendre à Hébron, dans le sud, pour une compétition.

Autant de sujets qui permettent, par le jeu, « de recréer toute la symbolique du quotidien des personnes qui ne sont pas des terroristes ou des militants, mais juste des gens normaux qui vont faire de la danse, essayer de pêcher du poisson, de cultiver leurs terres… » comme l’explique Erika. Et de préciser que les situations décrites dans le jeu et vécues par les participant·es sont « des tranches de vie de ce qui se passe pour de vrai dans leur vie courante ».

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De permis en permis, l'arbitraire en pratique

Pour réussir sa partie, chaque groupe a une mission : « Cueillir tant d’olives », « Se rendre au sud d’Israël pour un concours de danse », « Pêcher tant de poisson », « Interviewer différentes personnes », « Retourner dans son village ». Un des rôles clés de ce jeu de mise en situation, car il constitue aussi le principal obstacle, est celui de l’agent au poste administratif. Pour cette fois, c’est Erika qui sera l’agente administrative : elle incarne l’administration israélienne, dans toute sa complexité, ses paradoxes et sa dimension arbitraire.

La plupart des participant·es ont dû passer par le poste administratif, pour des raisons variées : « notre but, c’était d’avoir un laisser-passer pour pouvoir aller cueillir les olives qui sont de l’autre côté du mur » ; « le long de la côte, c’était la zone autorisée et comme on s’est fait choper au-delà en zone interdite, une frégate a pris notre bateau. Il fallait que l’on vienne le récupérer mais en échange... Moi, ma femme était institutrice et du coup, [l'agente] voulait des informations sur ses élèves ».

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Malheureusement, rien de bien étonnant à cela car comme Catalina le dit, cette réalité fait partie intégrante du quotidien des Palestinien·nes, qui est une population sous occupation. Ce « sytème de permis, qui va "manager" [leur] vie civile et administrative » est composé de plus de 100 types de permis différents, qui régissent tous les aspects du quotidien, qu'il s'agisse de vouloir faire des études à l'université en Israël, de rendre visite à un parent malade de l'autre côté du mur, de rendre viste à son enfant emprisonné arbitrairement...

Ce système d’oppression se cache derrière une administration labyrinthique : chaque demande de permis doit être accompagnée de son lot de justificatifs, qui seront étudiés par l’agent administratif. L'acquisition d'un permis peut prendre 1 mois, 6 mois, et encore une fois, comme le précise Catalina, sans compter l’arbitraire. Car même en ayant tous les papiers, vous pouvez vous voir refuser votre demande de permis.

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Au jour le jour, la multitude de règles qui régit la vie des Palestinien·nes est difficile à respecter, à l'image de la la zone autorisée aux Gazaouis pour la pêche en mer Méditerrannée, une ligne invisible sous contrôle isréalien, qui « bouge de manière arbitraire », faisant passer des pratiques jusque-là légales dans le camp de l'illégalité, ce qui amène à des situations aberrantes qui font parfois rire les participant·es tant elles sont insensées. Quand on demande en fin de jeu à un des participants, qui avait le rôle d'un pêcheur de Gaza, pourquoi son bateau s'est retrouvé en zone interdite, il répond laconiquement : « A cause du vent ». 

Une violation systématique des droits fondamentaux

Dans cette animation, le temps de débriefing fait partie intégrante de l'animation pédagogique. Il permet aux participant·es de pouvoir partager leurs ressentis sur le jeu et de « faire le lien avec ce qui se passe sur place », comme l’explique Catalina. Alors on pousse les tables pour se mettre en cercle et on se lance en partageant, en un mot, son ressenti suite à cette partie de « Vivre la Palestine » : le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas laissé les participant·es indifférent·es ! 

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Catalina pose le cadre juridique et rappelle que des textes internationaux protégeant les droits fondamentaux ont été signés par de nombreux pays, dont Israël, ce qui ne les empêche pas de ne pas de les violer de façon systématique. Alors qu'elle explique la situation de Gaza, cette bande étroite transformée en prison à ciel ouvert par le blocus et l'occupation (80 % de réfugié·es, un accès à l'électricité de 3h par jour, l'ensemble de la population considérée comme des terroristes potentiel·les), l'un des étudiant·es réagit et demande : « Pourquoi les armées européennes ne font rien face à ça ? ».

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« Il y a une grosse pression de la part des Etats-Unis envers l’Union européenne pour qu’elle prenne des positionnements pro-israéliens », rappelle Catalina, « pas seulement par rapport à l’armée mais aussi dans le cadre d’accords économiques. [...] Quand il y a des accords économiques au milieu, [les Etats] pren[nent] la situation des Palestiniens avec des pincettes. [...] Il y a un lobby très important, de la part des Etats-Unis et de la part d’Israël pour qu’il n’yait pas de prise de position [...] pour dénoncer la situation en Palestine»

Lobbies VS mobilisation de la société civile

Face aux acteurs d'influence qui agissent pour que ces violations continuent en toute impunité, la société civile internationale se mobilise. Philippe, qui est bénévole au CCFD-Terre Solidaire, rappelle qu'il y a quelques années, la question de l'huile d'olive a généré « une grosse mobilisation de beaucoup d’ONG, par exemple Artisans du Monde a développé une filière d’huile d’olive équitable commercialisée dans les magasins Artisans du Monde ». En effet, depuis 2003, Artisans du Monde commercialise des produits palestiniens en partenariat avec le Palestinian Agricultural Relief Committees (PARC).

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Au-delà de la vente de produits, Artisans du Monde s'est aussi mobilisée à plusieurs reprises, notamment en manifestant en 2008 à Massara en Palestine pour protester contre le mur qui sépare les agriculteurs de leurs terres, seule source de subsistance pour beaucoup d'entre eux. En 2008 également, 18 militant·es AdM ont participé à la cueillette des olives avec les agriculteurs du PARC (photo ci-dessus). « Beaucoup d’ONG, dont des ONG israéliennes anti-colonialistes, se mobilisent pour essayer de maintenir coûte que coûte une commercialisation équitable de l’huile d’olive de Palestine, pour permettre les cueillettes en protégeant les gens qui cueillent et en organisant une dénonciation des violences ».

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Acteurs et actrices du travail social et de la solidarité internationale : « on chemine ensemble »

Pour Donatienne Galliot, responsable de la formation des éducateur·rices spécialisé·es et pour Cécile Druant, cadre pédagogique, qui ont toutes deux accompagné cet événement au sein de l'IRTS site métropole lilloise, cette journée faisait sens car travail social et solidarité internationale partage des valeurs communes, comme le dit Cécile :  « Parce qu'on est un institut de travail social, un de nos principes fondateurs, c’est bien l’accès aux droits, c’est la solidarité, et comme il était question des droits, on a toute notre légitimité sur ce sujet-là et je trouve que c’est important de l'aborder ». Une occasion de travailler en collaboration avec des associations militantes, car « on ne pouvait pas le faire sans elles »  : elles ont apporté « les billes pour aborder ce sujet-là » précise Cécile.

Pour Donatienne, le fait de travailler avec des acteurs d'horizons différents permet d' « encourager [les étudiant·es] à être curieux de ce qui se vit dans le monde d’aujourd’hui et à sortir des premières représentations qu’ils peuvent avoir, d’aller comprendre ce que ça veut dire "commerce équitable", "accès aux droits", "quand j’achète quelque chose, ce que ça a comme conséquences sur la vie des populations", je pense que c’est aussi une curiosité, une place dans le monde et c’est aussi la question de la citoyenneté. Les travailleurs sociaux sont des personnes citoyennes. L’idée de citoyen du monde, en comprenant les enjeux de ce qui se vit dans le monde, ça fait partie de la culture du travail social et de ce qu’on doit pouvoir amener aux futurs travailleurs sociaux. »

Après une après-midi intense, un buffet était proposé aux étudiant·es et aux personnes extérieures qui souhaitaient participer à la soirée. Au programme : deux documentaires sur l'eu et les dattes en Palestine et pour finir la soirée sur une note musicale, le groupe Tamazouj était présent ! Pour Cécile, la culture est « un des leviers premiers dans le rapport à l’autre, dans la résolution des problèmes. Elle avait toute sa place ce soir, car elle nous permet aussi d’aborder des sujets sensibles de la façon la plus ouverte possible ». Et Donatienne de conclure en beauté : « La culture, c’est ce qui relie les humains, donc c’est aussi de cette façon qu’on peut travailler la relation à l’autre et le vivre-ensemble finalement ».

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