Parmi les 1.5 milliard de personnes qui vivent
avec 1 dollar par jour ou moins, on trouve principalement des femmes.
Le fossé entre les hommes et les femmes pris dans le cycle de la
pauvreté a continué de se creuser au cours de la dernière
décennie. L'expression " féminisation de la pauvreté
" est employée pour désigner ce phénomène.
Prises dans le cycle de la pauvreté, les femmes n'ont pas accès
aux ressources essentielles (crédit, prêt, héritage)
et aux services qui leur permettraient de s'en sortir. Leurs besoins sanitaires
et alimentaires ne constituent pas des priorités. Leur accès
à l'éducation et aux services d'aide est insuffisant ; leur
participation à la prise de décision dans le foyer ou la communauté
est minimale.
Données extraites en grande
partie de L'Organisation internationale du travail OIT,
Rapport sur l'emploi dans le monde 1998-1999 ; les femmes et la formation
à l'heure de la mondialisation; 2001
Les femmes fournissent les 2/3 des heures totales de travail.
Elles ne gagnent que 10% du revenu mondial et ne possèdent que 1% des terres attribuées.
75% des travaux agricoles réalisés en Afrique sont accomplis par les femmes, mais elles ne bénéficient de moins de 10% des crédits accordés aux petits paysans, et de 1% des crédits agricoles.
Elles ne gagnent en moyenne et suivant les pays que de 50% à 80% des salaires des hommes.
" On ne peut séparer l'économique, le social, l'humain et le culturel. En particulier, dès lors qu'on occulte le lien entre l'économique et le non-économique, on néglige tout ce qui n'est pas quantifiable. On élabore de fait des modèles économiques intellectuellement satisfaisants mais inaptes à rendre compte de la réalité ".
Edgar Morin, Une profonde remise en cause du développement. Et le développement, symposium de réflexion internationale, Maison de l'Unesco, 18 et 19 juin 1994
Selon le Rapport sur l'emploi dans le monde 1998-1999
de l'OIT, les femmes fournissent les 2/3 des heures totales de travail.
Dans les zones rurales du Kenya, les femmes travaillent en moyenne 56 heures
par semaine contre 42 pour les hommes. Les enfants âgés de
8 à 46 ans travaillent également de longues heures, et parmi
eux surtout les filles à qui incombe davantage les heures passées
à l'éducation de leurs frères et surs.
Les femmes consacrent en moyenne 10 fois plus de temps que les hommes aux
travaux ménagers et à la gestion des ressources naturelles
: puiser l'eau, ramasser du bois, recueillir les engrais naturels, cueillir
des fruits sauvages, de plantes pour l'alimentation, les médicaments,
l'énergie.
Quand la situation économique de la famille
détériore, ces dernières vont augmenter la cadence
de production de leur seule ressource, leur force de travail. Pour pouvoir
mener à bien toutes ces activités, les femmes jonglent entre
plusieurs activités en même temps : balayer tout en portant
un enfant, laver le linge tout en préparant un repas.
Une étude réalisée au Pakistan (Whos's Counting? Marylin
Waring on Sex, Lies and Global Economics, un film de l'Office national du
Film, Canada) révèle que les hommes exercent en moyenne 5
activités différentes par jour, alors que les femmes en cumuleront
sans interruption près de 12, tout en s'occupant des enfants et de
la préparation des repas (près de 5 heures par jour pour la
cuisson).
Les indicateurs économiques actuels délimitent
l'économique à ce qui a un prix, une contrepartie monétaire
et une valeur d'échange. ils ne prennent donc pas en compte les productions
domestiques qui représenteraient entre 30 et 70% du PIB selon les
pays.
La recherche la plus élaborée jusqu'alors a été
réalisée par le PNUD qui a évalué la part du
travail non monétaire à 16 000 milliards de dollars sur les
23 000 de production brutes.
Cette contribution non monétaire, mais néanmoins essentielle,
est essentiellement féminine. A titre d'exemple, dans les zones rurales
du Kenya, seul 41% du travail de ces femmes est rémunéré
, contre plus de 80% pour les hommes.
Or, comme le souligne Marylin Waring, " si vous n'êtes pas visible
comme producteur dans l'économie du pays, vous serez donc invisible
dans la distribution des bénéfices ".
" Notre superviseur nous demande de travailler
plus vite, de coudre proprement et de remplir le quota de production qui
a été établi. Mon quota est de 120 pantalons par
heure. Pour ça, je touche entre 1.25 et 1.50 dollars.
Si je n'atteinds pas ce quota, ils suppriment ma prime mensuelle de 5
dollars. Je me retiens d'aller aux toilettes pour pouvoir atteindre ce
quota. "
Mara, 25 ans, cambodgienne employée dans une usine de confection d'articles Adidas.
Enquête sur les violations des droits des travailleurs dans l'Industrie des vêtements et chaussures de sport, 2005 - ethique-sur-etiquette.org
L'impact négatif de la mondialisation de l'économie pèse sur les femmes de façon disproportionnée. Les politiques d'ajustement structurel entraînant une réduction des dépenses publiques et des programmes sociaux sont autant de charges supplémentaires que la femme doit assumer.
pour pallier le manque de main d'uvre dans l'économie familiale. Le rapport biennal Du Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme (UNIFEM) met en évidence le lien entre endettement accru et baisse de l'inscription des filles dans les écoles secondaires (UNIFEM, Le progrès des femmes dans le monde, 2000, p.11).
groupe vulnérable du fait de la maternité et de l'allaitement. On constate un taux de mortalité maternelle en hausse, des symptômes de malnutrition et d'anémie. En outre, la crise économique génère de nouveaux risques sanitaires, comme l'avortement sélectif des petites filles pour éviter de payer des dot parfois exorbitante.
Selon les Nations Unies, En Afrique subsaharienne, près d'un tiers des ménages ruraux avaient en 1998 à leur tête un femme (45% au Botswana).
(Sophie Chartier, Hélène Ryckmans,
Les femmes dans la mondialisation, 2003, www.mondefemmes.org)
Au Soudan, le temps consacré au ramassage du bois de feu à
quadruplé en 10 ans. Dans les zones touchées par la désertification,
les femmes peuvent passer jusqu'à 4 heures par jour pour aller chercher
de l'eau. L'absence de bois de chauffe ne permet que de cuire qu'un seul
repas par jour, ce qui augmente les risques de malnutrition. Les femmes
doivent couvrir de longues distances pou aller aux champs et laissent les
jeunes enfants sans soin ou les emmènent avec elle, ce qui augmente
le taux de mortalité infantile.
Entre 60 et 90% des travailleurs de 2000 zones
franches sont des femmes.
Les politiques d'achat pratiquées par les grandes entreprises de
vêtements évoluant dans un univers fortement concurrentiel
sont de plus en plus agressives et fragilisent encore plus les conditions
de ces travailleurs. Une enquête menée en 2004 par Oxfam auprès
de 1310 ouvrières interrogées dans douze pays confirmait que
la très large majorité des ouvrières travaillant dans
les ateliers situés dans les principaux pays sous traitants de l'Europe
et des États unis bénéficient de conditions de travail
de plus en plus précaires .
Près de 80% des européens qui s'investissent
bénévolement dans des réseaux de commerce équitable
sont des femmes .
Les femmes jouent également un rôle primordial au sein d'Artisans
du Monde, où elles occupent des postes à responsabilité
: 70% des présidents des groupes locaux sont des femmes. En France,
plus d'hommes que de femmes font partie d'une association (49% contre 40%)En
comparaison, en 2003, 9% des femmes membres d'associations y exercent une
responsabilité.
Source : Insee, enquêtes permanentes sur les conditions de vie de 1997 à 2003 .
L'étude d'impact sur l'action de commerce
équitable réalisée par Artisans du Monde en 2002 révèle
que les femmes sont majoritaires parmi les plus vulnérables des personnes
avec lesquelles Artisans du Monde travaille. Ces dernières, bien
qu'exerçant une activité artisanale, se distinguent pourtant
des artisans professionnels. Les chiliennes de la Fondation Solidarité
ne savaient pas fabriquer d'arpilleras en 1973, les artisanes de Ramahaleo
ne savaient pas couper ni confectionner.
Pour certaines d'entre elles, majoritairement les femmes seules avec enfants,
le commerce équitable est leur seul revenu possible en dehors de
la mendicité.
Les Organisations membres de l'IFAT s'engagent
à respecter les critères suivants :
L'égalité de l'accès au travail, la correcte évaluation
et rémunération du travail des femmes, leur formation à
occuper des postes à responsabilité, la prise en charge des
besoins sanitaires particuliers des femmes enceintes et des femmes , la
participation des femmes aux prises de décision et à l'utilisation
des bénéfices.
Créée en 1989, l'IFAT est le plus grand réseau international
de commerce équitable avec 229 organisations dans 59 pays. Artisans
du Monde est membre de l'IFAT depuis 2002.
" les femmes sont plus respectées car elles participent au financement de la maison. Elles peuvent prendre plus de décisions dans le cadre familial. Si notre travail nous demande de passer la nuit à l'atelier, notamment lorsqu'il y a une commande importante à livrer, ou si nous avons à voyager, nous n'avons plus besoin de demander l'autorisation ".
Amina Naoui, trésorière de la coopérative de Femmes de Marrakech
Comme le souligne Winnie Lira de la Fondation
Solidarité Chili, " la femme qui travaille seule, soit en faisant
du pain, soit en cousant des pantalons, peut parfois obtenir un revenu.
Cela lui permet de subsister. Mais elle n'arrive pas à rompre son
isolement, sa marginalité sociale et son manque de projet personnel".
Une activité entreprise collectivement permettra le plus souvent
aux femmes de dépasser leurs faiblesses individuelles et d'être
fortes, ensemble.
Le commerce équitable - à travers la possibilité d'exercer
une activité économique reconnue - contribue à la reconnaissance
sociale des femmes et permet d'induire des changements de comportements
dans les ménages et la société. Les femmes passent
d'une condition de mère au foyer dépendant du mari et de son
revenu à celle d'acteur économique recevant directement un
revenu et pouvant décider de son utilisation, même minime.
Les femmes du Panjora Mahila Shomitee, Bengladesh, qui produisent des objets
en jute, ont expliqué l'impact de ce revenu sur leur relation avec
leur mari : " Avant on demandait 2 takas (0.04 €) aux hommes,
maintenant il arrive qu'ils nous demandent de l'argent ", sur leur
capacité à agir, " les femmes sortent elles-mêmes
pour acheter leurs saris " et sur leur statut, " le divorce unilatéral
par répudiation ne se fait plus dans le village ".
Grâce au commerce équitable, les femmes développent
ainsi leur propre espace au sein du ménage et sont capables d'investir
sur l'avenir, notamment à travers la scolarisation des enfants et
en particulier celle filles.
On peut facilement comprendre l'angoisse d'une
mère de 8 enfants, la moyenne aux Philippines qui, chaque jour, se
demande où trouver de quoi nourrir sa progéniture. Voilà
pourquoi les femmes des régions rurales du monde entier pratiquent
la culture vivrière et élèvent des animaux de basse-cour.
Grâce au commerce équitable, les productrices pourront développer
cette culture de subsistance, assurer la sécurité alimentaire
de toute la famille ou élever un cheptel..
Tel est le cas de Firoza, employée par l'organisation Jute Works
au Bengladesh :
" Depuis que je fais partie de Jute Works, j'ai pu gagner assez d'argent
pour acheter des terres afin d'y cultiver du riz pour notre famille. J'ai
participé à une formation pour élever des veaux. J'ai
acheté deux bufs et un char à bufs pour aider
mon mari dans son travail "
Ces initiatives s'inscrivant plus largement dans
le cadre de l'économie solidaire, peuvent favoriser pour les femmes,
comme le souligne Madeleine Hersant, Annie Berger et Laurent Fraisse, "
le déploiement de leurs propres stratégies, à partir
des savoirs et compétences acquis tout au long de leur parcours,
en conciliant vie familiale et professionnelle". (Femmes et économie
solidaire, in Cultures en mouvement, n°44)
Les femmes acquièrent de nouvelles compétences mais également,
par le biais de formation, des compétences en matière d'organisation.
Les employées la Coopérative des Femmes de Marrakech ont ainsi
bénéficié de formations commerciales, linguistiques
et informatiques.
Enfin, ces dernières ont souvent accès, dans le cadre des
programmes sociaux-éducatifs développés par leur organisation,
à des cours d'alphabétisation, d'éducation sanitaire.
L'activité des femmes d'une organisation
de commerce équitable peut encourager d'autres femmes qui, appuyées
par ces dernières, développeront leur propre activité.
Certaines artisanes, appuyées par leur organisation créent
d'autres formes de réseaux d'entraide au delà de leur région.
Ces groupements formels ou informels donneront naissance à des systèmes
de micro-crédit, des services sociaux (crèches, cantines).