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Par Laurent Levard, délégué général de la fédération Artisans du Monde

A l’occasion de la Quinzaine du commerce équitable de 2008, le mouvement Artisans du Monde se mobilisera dans toute la France pour soutenir l’agriculture paysanne.

Partout dans le monde, l’agriculture capitaliste fait des ravages, que cela soit en matière sociale – il suffit de constater les conditions de vie misérables des familles d’ouvriers des grandes plantations d’Afrique du Sud, d’Amérique Centrale ou de l’Inde - ou en matière environnementale, comme en témoigne le saccage de la forêt amazonienne victime de l’avancée des plantations de soja de l’agrobusiness brésilien. La soit-disante supériorité économique de ce type d’agriculture pour les pays du Sud mérite également d’être dénoncée. En effet, on constate que les profits qu’elles dégagent ne sont souvent pas réinvestis dans les pays en question mais une grande partie d’entre eux finit dans l’achat de biens de consommation somptueux ou dans la sphère financière. Cette forme d’agriculture vient bien souvent concurrencer l’agriculture paysanne, une agriculture tournée prioritairement vers les besoins des populations qui est respectueuse de l’environnement, lorsqu’elle n’est pas en crise.

L’agriculture paysanne est non seulement concurrencée par l’agriculture capitaliste, mais également soumise aux impacts négatifs des politiques néo-libérales. Celles-ci ont, au cours des vingt dernières années, remis en cause les politiques de régulation et de soutien des marchés agricoles internes et, plus généralement, les mécanismes visant à garantir la souveraineté alimentaire. Avec les conséquences dramatiques que l’on constate aujourd’hui avec la hausse du prix des matières premières agricoles internationales : les dizaines de pays qui ont ouvert et dérégulé leurs marchés et ainsi sacrifié leur agriculture paysanne et leur indépendance alimentaire en sont les premières victimes. C’est en remettant au cœur des politiques agricoles, le soutien à l’agriculture paysanne et le droit à la souveraineté alimentaire que les pays du Sud éviteront de nouvelles catastrophes de ce type.

Le commerce équitable doit permettre de montrer qu’une autre forme d’économie est viable, une économie solidaire qui, en l’occurrence, vise à permettre à des producteurs du Sud de vivre dignement de son travail. C’est en ce sens que, dans le domaine agricole, Artisans du Monde soutient l’agriculture paysanne et travaille avec des organisations paysannes. A l’occasion de la Quinzaine du commerce équitable, un certain nombre de produits issus de l’agriculture paysanne, notamment le riz et le thé du Laos, seront mis en avant dans les 140 magasins Artisans du Monde.

Mais, pour Artisans du Monde, le commerce équitable ne saurait se résumer à cette dimension commerciale, faute de quoi il ne constituerait qu’une niche commerciale permettant aux consommateurs les plus lucides de se donner bonne conscience : il doit aussi viser à une sensibilisation du public aux enjeux d’un commerce et de modes de production et de consommation plus justes et respectueux de l’environnement. C’est pourquoi Artisans du Monde fera de la Quinzaine un moment fort pour expliquer en quoi le commerce équitable, en soutenant l’agriculture paysanne, contribue à un développement plus durable, à l’aide notamment d’une vidéo réalisée l’an dernier chez nos partenaires de Lao Farmers products (Laos).

Au delà de la sensibilisation, le commerce équitable doit également contribuer à une mobilisation des citoyens et un plaidoyer auprès des pouvoirs publics en faveur de changement des règles du commerce. C’est ainsi que les militants et bénévoles Artisans du Monde interpelleront, à l’occasion de cette Quinzaine et dans les semaines suivantes, le gouvernement au sujet de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC), en partenariat avec plusieurs autres organisations, dans le cadre de la campagne « l’agriculture est malade, soignons la PAC ». Nous y demanderons que le droit à la souveraineté alimentaire soit reconnu au niveau international et que la PAC s’inscrive dans cette logique. Celle-ci devrait favoriser une agriculture durable, de qualité et orientée en fonction des besoins des marchés européens, plutôt qu’une agriculture productiviste tournée vers l’exportation et la guerre commerciale sur les marchés mondiaux.