Commerce équitable : café et autres produits alimentaires, artisanat ...

Le commerce équitable

L'impact du commerce équitable

En 2001, Artisans du Monde a mis en place un processus d'évaluation de l'impact, sur les producteurs du Sud, de l'action en faveur d'un commerce équitable menée depuis 30 ans. L'objet de ce travail était de voir, dans la pratique, comment le mouvement Artisans du Monde peut développer, au-delà de la seule relation commerciale, des relations bénéfiques avec les producteurs.

Un prix juste ou un revenu régulier ?

S'il est clair que les prix payés par le commerce équitable sont généralement supérieurs aux prix moyens du marché local, du fait de l'importance et de la relative régularité de ses commandes, le commerce équitable permet aux producteurs d'avoir accès à un revenu auquel souvent ils n'avaient pas accès auparavant, ou en tout cas pas de manière aussi régulière.

Pour les producteurs les plus pauvres

L'accès à un métier

Handicapés, intouchables, femmes, de nombreuses personnes n'ont pas ou rarement accès à des activités professionnelles et donc à un revenu. La rareté du travail et l'incompatibilité avec leur situation ou leur niveau de qualification entraînent des situations de pauvreté voire d'extrême pauvreté et d'exclusion sociale dans les familles les plus démunies (ménages monoparentaux, veuves…). Un des changements fondamentaux que permet le commerce équitable est de fournir à ces personnes un métier, une activité rémunérée et compatible avec leur situation : le travail à la tâche à domicile permet de concilier activité productive et activité domestique par exemple. La rémunération obtenue est généralement supérieure ou égale aux rémunérations dans d'autres activités (agriculture par exemple) ou dans la production artisanale pour le marché local.

La possibilité de prendre en charge le minimum vital...

Ce revenu leur permet ainsi de prendre en charge une partie des dépenses de première nécessité de la famille : alimentation, habillement, logement, et souvent la scolarisation des enfants. En particulier, l'accès des femmes à un revenu facilite la scolarisation des filles.

… et ainsi recouvrer leur dignité

Exercer une activité, produire pour l'exportation, gérer un revenu, contribuer au revenu familial, se retrouver dans des organisations, permet à ces personnes en situation d'exclusion de se réinsérer et de recouvrer leur dignité.

Pour les producteurs professionnels

Un nouveau marché, de nouveaux revenus

Artisans traditionnels, petites sociétés (etc.), le secteur artisanal est riche de producteurs qui produisent et vivent de leur activité artisanale indépendamment du commerce équitable : producteurs d'instruments de musique à Madagascar, potiers Bangladeshi ou Chiliens. Pour eux, l'accès au marché du commerce équitable permet de diversifier et d'augmenter substantiellement leurs revenus grâce à des commandes importantes et régulières, au lieu de dépendre d'un écoulement local souvent aléatoire ou d'intermédiaires rarement bien organisés.

La possibilité d'investir

Ces artisans, ayant déjà les ressources nécessaires pour assurer leur minimum vital, sont alors en mesure d'investir les revenus du commerce équitable. Cela leur permet de se développer, de se diversifier et ainsi de maintenir et développer un tissu de producteurs artisanaux.

Pour tous les artisans

La professionnalisation

Un autre changement produit par le commerce équitable chez les producteurs est leur professionnalisation. En effet, la production pour le commerce équitable suppose de s'adapter aux conditions du marché à l'exportation : respect de cahiers des charges, adaptation à de nouveaux designs, formations qui toutes contribuent à l'amélioration des compétences techniques des artisans.

La valorisation des personnes

De nouvelles compétences techniques, des revenus augmentés, des commandes régulières, des contacts avec des personnes extérieures au milieu, des produits qui sont exportés en dehors du pays… Tous ces éléments contribuent à la reconnaissance, à la valorisation des producteurs, tant par rapport à euxmêmes que par rapport à leur entourage.

Le développement de liens sociaux locaux

Ces organisations amènent leurs membres à sortir de leur réseau de relations familiales pour se constituer des réseaux plus larges autour d'enjeux nouveaux, les amenant là aussi à développer de nouvelles compétences de gestion, de négociation, de médiation…

Des organisations exportatrices fortes et compétentes

Artisans du Monde a aussi contribué à développer des organisations exportatrices, interfaces entre les producteurs et leurs groupements et les centrales d'achat du Nord. Ces organisations exportatrices comptent aujourd'hui avec des ressources humaines bien formées, des moyens matériels (fonds propres, capital immobilier) et des réseaux de relation au Nord et au Sud. Elles ont aujourd'hui de réelles capacités d'initiative et un pouvoir suffisant pour agir sur leur espace social et économique. Un grand nombre d'entre elles sont en train de développer leurs propres ateliers de production et cherchent à diversifier leurs débouchés.

La Fondation Solidarité au Chili pénètre le marché local

Créée après le coup d'état de 1973, la Fondation a aujourd'hui un chiffre d'affaires de 300 000 € dont 60 % dans le commerce équitable. Elle emploie sept salariés et travaille avec 84 ateliers qui regroupent 449 producteurs. La Fondation a complété son action en cherchant à pénétrer le marché local par une requalification et une redynamisation de ses ateliers. Cette stratégie lui a permis de gagner des appels d'offres du Ministère de l'éducation pour la production de poupées sexuées (destinées aux cours d'éducation sexuelle) et de jeux pour les enfants. Cette politique donne à ses ateliers un accès à de nouveaux marchés et amène les producteurs à développer de nouvelles techniques et de nouveaux savoir-faire.

Lettre d'information

A télécharger

 Étude de l'impact de 25 ans de commerce équitable sur les producteurs du Sud partenaires d'Artisans du Monde :

quelques exemples

Au Bangladesh des femmes changent de statut

Les femmes du Panjora Mahila Shomitee, qui produisent des objets en jute, ont expliqué l'impact de ce revenu sur leur relation avec leur mari, « Avant on demandait 2 takas (0.04 €) aux hommes, maintenant il arrive qu'ils nous demandent de l'argent », sur leur capacité à agir, « les femmes sortent elles-mêmes pour acheter leurs saris » et sur leur statut, « le divorce unilatéral par répudiation ne se fait plus dans le village ».

Une success story : la société Armus au Chili

A Santiago du Chili, deux frères ont créé au plus fort de la crise économique en 1983 un petit atelier de menuiserie bois. Grâce aux commandes et à des avances d'organisations exportatrices du commerce équitable (Fondation Solidarité et Comparte), ils ont pu investir dans des machines outils et des locaux. Aujourd'hui la société emploie une dizaine de personnes et commercialise plus de 90 % de sa production dans le commerce conventionnel national.

Au Népal, des intouchables innovent

A Palpa, ACP est en contact avec une entreprise, créée par des intouchables, qui produit des objets en cuivre, production traditionnelle de la région. ACP les appuie dans la recherche d'innovations techniques, comme l'association de matériaux, pour mieux s'adapter au marché. C'est ainsi qu'ils innovent sur le plan des techniques et du design. L'une de leur dernière création est une cage à oiseaux qui associe cuivre et terre cuite.

Au Burkina Faso : des handicapés qui jouent leur rôle dans leur famille

Le centre des handicapés de Koupela produit des objets en cuir et des tissages qui sont commercialisés essentiellement dans le réseau Artisans du Monde. Les membres du centre témoignent de la possibilité qu'ils ont eu de travailler, produire et gagner un revenu qui leur permet d'exister. La majorité des membres du centre a pu se marier, avoir des enfants et assumer les charges de leur famille ce qui, disent-ils, « n'a pas de prix ».

Bolivie : « Avant nous étions tellement timides »

La vingtaine de femmes membres du groupe Kory Ampara (Bolivie) produit des tricots en laine d'alpaga essentiellement commercialisés dans le réseau Artisans du Monde. Depuis 15 ans, elles se réunissent régulièrement (deux à quatre fois par mois) et bien que de quartiers et de milieux différents, « elles ont appris à vivre ensemble » et à gérer conflits, profits et parfois l'absence de commande ! De plus, grâce à leur production, les femmes du groupe sont aujourd'hui reconnues, voire admirées dans leur quartier. Elles sont aussi sollicitées par d'autres groupes de femmes pour intervenir dans des formations.