Nestlé, numéro un mondial de l'industrie alimentaire, vient de lancer sur le marché britannique son premier produit équitable : le café soluble Partner's blend.
"Le développement durable est facile à définir: si votre arrière-grand-père, votre grand-père et vos enfants restent des consommateurs fidèles de Nestlé, alors nous avons travaillé de façon durable. Et ceci est le cas de plus de cinq milliards de personnes dans le monde."
Peter Brabeck-Letmathe, directeur général de Nestlé, déclaration faite lors de l'Open Forum de Davos de 2003
Voilà une nouvelle qui ne manque pas de surprendre car jusqu'alors, Nestlé récusait catégoriquement le principe du commerce équitable, notamment le principe du prix juste au motif qu'une rémunération équitable favoriserait la surproduction, conduirait à l'effondrement des prix du café et à un appauvrissement accru de près de 20 millions de personnes pour qui le café représente la principale source de revenus.
Ces producteurs sont en effet victimes de la surproduction mondiale de café qui a entraîné un effondrement sans précédent des prix internationaux. Effondrement résultant de la libéralisation du marché du café en 1989, date de la fin de l'Accord international de café mis en place en 1962 qui permettait d'éviter des prix trop bas grâce à un système de quotas de production. Les principaux bénéficiaires de ce " marché libre du café " forment une élite de vingt entreprises qui contrôlent près des trois quarts du commerce du café. La concentration dans l'industrie de la torréfaction du café est toute aussi forte : cinq entreprises détiennent plus des deux tiers du marché du café torréfié, en tête desquels Nestlé, le numéro un du café soluble (ou instantané), Philip Morris et Sara Lee ( 1 ). En février 2001, Nestlé annonçait une augmentation de ses profits de plus de 20%, attribuée, selon les termes de la compagnie, à " des prix favorables sur le marché des matières premières" ( 2 ).
Nestlé reconnaît désormais que le commerce équitable a un rôle positif à jouer. En premier lieu pour l'image du groupe dont les produits sont toujours boycottés par des organisations de la société civile dans près de 20 pays ( 3 ). Ses bénéfices, en augmentation de près de 60% sur sept ans, se conjuguent avec des licenciements massifs. Les violations par Nestlé des droits humains, économiques, politiques ou syndicaux en Colombie viennent de faire l'objet d'une audience publique en Suisse ( 4 ).
Le café " équitable " du groupe Nestlé est certifié par Fair trade Foundation, la branche britannique de l'organisation internationale de certification FLO (Fair trade Labelling Organization) qui considère ce lancement comme " un tournant historique du commerce équitable britannique ". " Voilà enfin une multinationale qui nous écoute et qui nous donne ce qu'on demande : des produits équitables ( 5 ) " . Cette déclaration d'Harriet Lamb, directrice de la Fair Trade Foundation, est symptomatique de la croyance selon laquelle la commercialisation de produits du commerce équitable par les principaux bénéficiaires de l'instabilité des cours mondiaux du café témoignerait d'une nouvelle éthique de la responsabilité pour les multinationales, et non pas de la nécessité pour ces derniers de capter des nouveaux consommateurs dans un marché en stagnation.
Bien que ce ne soit pas son choix, la Fédération Artisans du Monde respecte celui des acteurs du commerce équitable qui ont choisi de certifier des produits commercialisés dans les grandes surfaces. Il est nécessaire que ces produits soient garantis par des organismes partie prenante du mouvement international du commerce équitable et non par les multinationales elles-mêmes. Ce système présente cependant un certain nombre de risques et de limites :
C'est pourquoi la fédération Artisans du Monde :
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