Commerce équitable : café et autres produits alimentaires, artisanat ...

Communiqués de presse

9 décembre 2005

Commerce équitable et multinationales : soyons vigilants !

Nestlé, numéro un mondial de l'industrie alimentaire, vient de lancer sur le marché britannique son premier produit équitable : le café soluble Partner's blend.

"Le développement durable est facile à définir: si votre arrière-grand-père, votre grand-père et vos enfants restent des consommateurs fidèles de Nestlé, alors nous avons travaillé de façon durable. Et ceci est le cas de plus de cinq milliards de personnes dans le monde."

Peter Brabeck-Letmathe, directeur général de Nestlé, déclaration faite lors de l'Open Forum de Davos de 2003

Voilà une nouvelle qui ne manque pas de surprendre car jusqu'alors, Nestlé récusait catégoriquement le principe du commerce équitable, notamment le principe du prix juste au motif qu'une rémunération équitable favoriserait la surproduction, conduirait à l'effondrement des prix du café et à un appauvrissement accru de près de 20 millions de personnes pour qui le café représente la principale source de revenus.

Ces producteurs sont en effet victimes de la surproduction mondiale de café qui a entraîné un effondrement sans précédent des prix internationaux. Effondrement résultant de la libéralisation du marché du café en 1989, date de la fin de l'Accord international de café mis en place en 1962 qui permettait d'éviter des prix trop bas grâce à un système de quotas de production. Les principaux bénéficiaires de ce " marché libre du café " forment une élite de vingt entreprises qui contrôlent près des trois quarts du commerce du café. La concentration dans l'industrie de la torréfaction du café est toute aussi forte : cinq entreprises détiennent plus des deux tiers du marché du café torréfié, en tête desquels Nestlé, le numéro un du café soluble (ou instantané), Philip Morris et Sara Lee ( 1 ). En février 2001, Nestlé annonçait une augmentation de ses profits de plus de 20%, attribuée, selon les termes de la compagnie, à " des prix favorables sur le marché des matières premières" ( 2 ).

Nestlé reconnaît désormais que le commerce équitable a un rôle positif à jouer. En premier lieu pour l'image du groupe dont les produits sont toujours boycottés par des organisations de la société civile dans près de 20 pays ( 3 ). Ses bénéfices, en augmentation de près de 60% sur sept ans, se conjuguent avec des licenciements massifs. Les violations par Nestlé des droits humains, économiques, politiques ou syndicaux en Colombie viennent de faire l'objet d'une audience publique en Suisse ( 4 ).

" Un tournant pour le commerce équitable… "

Le café " équitable " du groupe Nestlé est certifié par Fair trade Foundation, la branche britannique de l'organisation internationale de certification FLO (Fair trade Labelling Organization) qui considère ce lancement comme " un tournant historique du commerce équitable britannique ". " Voilà enfin une multinationale qui nous écoute et qui nous donne ce qu'on demande : des produits équitables ( 5 ) " . Cette déclaration d'Harriet Lamb, directrice de la Fair Trade Foundation, est symptomatique de la croyance selon laquelle la commercialisation de produits du commerce équitable par les principaux bénéficiaires de l'instabilité des cours mondiaux du café témoignerait d'une nouvelle éthique de la responsabilité pour les multinationales, et non pas de la nécessité pour ces derniers de capter des nouveaux consommateurs dans un marché en stagnation.

Bien que ce ne soit pas son choix, la Fédération Artisans du Monde respecte celui des acteurs du commerce équitable qui ont choisi de certifier des produits commercialisés dans les grandes surfaces. Il est nécessaire que ces produits soient garantis par des organismes partie prenante du mouvement international du commerce équitable et non par les multinationales elles-mêmes. Ce système présente cependant un certain nombre de risques et de limites :

C'est pourquoi la fédération Artisans du Monde :

  • demande à l'organisation FLO International ainsi qu'à ses représentations nationales d'exiger des entreprises de la grande distribution et de leurs fournisseurs qu'ils respectent eux-mêmes, dans leurs pratiques commerciales relatives aux produits équitables, les critères du commerce équitable (délai de paiement, critères des marges arrières, absence de compensation sur le prix des produits non équitables) ;
  • leur demande d'être vigilants sur le risque d'utilisation du commerce équitable par les multinationales dans le seul but d'auréoler leur pratiques commerciales scandaleuses de par le monde d'un vernis éthique ;
  • les met en garde contre le risque de laisser sous-entendre que seules la vente et la présence de produits équitables en grande distribution permettront de résoudre les dysfonctionnements structurels du commerce mondial et l'exploitation du travail de millions de producteurs au travers le monde. Cette illusion ne ferait que conforter les adversaires les plus déterminés de toute régulation des échanges internationaux, ceux pour qui le commerce équitable est un prétexte de choix pour justifier le démantèlement des politiques sociales et éducatives des Etats ;
  • considère qu'il convient de maintenir la pression sur les entreprises de la distribution et sur les gouvernements afin que des normes conformes aux droits internationaux, tels que définis dans les déclarations des droits de l'homme, de l'enfant ainsi que dans les conventions de l'Organisation Internationale du Travail et de la Santé soient imposées aux entreprises multinationales et que des mécanismes multilatéraux de gestion et régulation des marchés agricoles mondiaux soient mis en œuvre.
  1. Source : European Fair Trade Association (EFTA, Mémento du Commerce Equitable. Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, décembre 2001)
  2. Source : Oxfam GB, Bitter Coffee : How the Poor are paying for the slump in world coffee price, 2001
  3. notamment du fait de sa politique d'encouragement à la consommation de lait en poudre au détriment du lait maternel, politique criminelle du point de vue de la santé humaine
  4. le samedi 29 octobre 2005 s'est tenue une audience publique au Kornhausforum de Berne . Cette audience à valeur symbolique est organisée par la société civile suisse. Y ont participé des personnalités reconnues qui crédibilisent l'expérience.
  5. "This is a turning point for us and for the coffee growers," says Harriet Lamb, Director of the Fairtrade Foundation. "It's also a turning point for the many people who support Fairtrade and have been pressing the major companies to offer Fairtrade coffees. This just shows what we, the public, can achieve. Here is a major multinational listening to people and giving them what they want - a Fairtrade product."

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