« Tirons les leçons de Hong Kong »
Par Anne-Françoise Taisne, membre du Conseil d'administration de la Fédération
Artisans du Monde
Pour la majorité des citoyens de la planète, l'année 2005 ne s'est pas bien terminée. Pour une minorité, l'avenir semble radieux. L'accord signé à Hong Kong consacre le dogme du libre échange et fait la part belle aux multinationales.
L'OMC continue ainsi à créer un nouveau droit : celui de commercer et
d'exporter. Mais quel est ce droit qui met au ban de la société des millions
de paysans, des petites entreprises ou encore les tenants des services
publics ? C'est un droit qui s'est créé sous couvert de développement
comme l'indique le nom de l'actuel cycle de négociations. C'est un droit
qui est avant tout technique où l'on parle de formule suisse pour calculer
les réductions de droit de douane sur les produits manufacturés ou issus
de la pêche ou de l'agriculture.
Droit de commercer, création d'une aide pour commercer, prédominance de
solutions techniques sont les modèles que propose l'OMC. Des modèles aux
antipodes des véritables besoins des peuples qui pour être comblés exigent
l'application des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux
(DESC) et non des programmes d'action humanitaire qui ne s'attaquent pas
aux causes des problèmes.
Alors que privilégier en 2006 pour ébranler la logique du néolibéralisme ? Un axe de travail consacrant le respect des DESC et leur prépondérance dans toute décision. Pour le rendre encore plus efficace, trois types d'actions semblent essentielles : la poursuite d'alliances avec des mouvements sociaux mais aussi avec des chercheurs pour maîtriser les éléments rejetés par nos détracteurs, l'information et la sensibilisation du grand public et des décideurs sur les enjeux de la libéralisation des échanges et pour finir la recherche de cohérence entre nos actes quotidiens et les principes que nous défendons comme celui de la souveraineté alimentaire. C'est ainsi que nous pourrons envisager d'autres échanges et un autre monde et voire même d'autres mondes qui reflèteront tant la diversité des peuples que leur unité basée sur les droits sociaux fondamentaux.
Afin que la 6ème conférence ministérielle de l'organisation mondiale du commerce (13-18 décembre) ne débouche pas sur un accord qui consacrerait la primauté du droit du commerce sur les droits économiques, sociaux et environnementaux, 24 organisations françaises se sont mobilisées autour de " OMC, 10 ans ça suffit ! ".
La 6ème conférence ministérielle de l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) s'est déroulée à Hong
Kong du 13 au 18 décembre 2005. Son objectif essentiel : accélérer
les processus de libéralisation des marchés dans de nombreux
secteurs. Sont ainsi notamment concernés les services dans le cadre
de l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS),
l'Agriculture et l'Accès aux Marchés Non Agricoles (NAMA).
Ces choix politiques menacent directement les agricultures paysannes,
les services publics et les droits des salariés. La généralisation
du libre-échange profite avant tout aux firmes transnationales
et grève toute entreprise de régulation du commerce international.
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